17 December18914 December12 December

12 December

No 17

Söul

Le 12 décembre /91

Chère Amy. Te sens tu disposie pour une longue causerie intime pour ne pas dire confidentielle? Je l'espère car j'en aie justement très envie d'autant plus que je suis dans un grand embarras duquel tu es la seule personne qui puisse m'en tirer.

J'ai bien peur que cela ne te donne pas beaucoup d'enuies et de tourments que je t'épargnerais bien volontièrs - enfin je sens si sûr que tu feras ce que tu pourra que je me mets entièrement à ta merci. N'est-ce pas? Mais le difficulté maintenant - comment commuiquer? L'emotion fait trembler ma main et les mots ne me viennent pas, et pourtant tiens je vais venir droit au but -- je me marie! avec qui tu as sans doute déja diviné -- M. von Brandt. Oui, c'est vrai -- ne pousse pas les hauts cris -- et c'est justement parceque c'est vrai et que je suis si heureuse et qu'il y a tant à dire, que je suis si troublée. Tu veux sans doute connaitre l'histoire -- je t'en dirai ce que je peux plus tard car avant tout le plus important, que voici: Nos fiançailles ne sont pas encore annoncies et je dois donc travailler en secret, ce qui n'est pas très facile comme tu peux l'imaginer, et j'ai du envoyer aux quatre coins du monde pour me rassembler une espèce de trouseau. Je pense que la cérémonie aura bien au printemps mais rien n'est encore décidé sur ce point excepté que j'ai promis d'être prête à la fin de mars. J'ai envoyé à tante Parrot26 pour du linge il ya six semaines. -- elle doit tout juste avoir reçu ma lettre -- mais ne pouvant lui dire pourquoi ne que je suis très pressée de l'avoir je suis dans des transes de peur qu'il n'arrive pas à temps. -- Je n'ai absolument rien qui soit tant soit peu convenable. Je voudrais alors que tu m'achètes quatre robes de nuit, autant de pantalones, jolis et bons qui pourrons me servir dans l'intervalles. C'est le plus important mais il y a encore d'autre choses. Addie garde pour moi une boite remplie de livres, un châle en cachemir, mes dentelles etc. Prends la si tu peux et fait ce que tu veux du contenu m'envoyant seulement le châle, les dentelles, mes vieux journaux (addressée a Addie) ce qu'il peut y avoir de lettre, de carnets, enfin d'écriture et je crois aussi une petite boite marqués "relics" Je ne me rappelle plus exactement le reste mais je ne crois pas qu'il y ai quoique ce soit à quoi je tienne -- surtout pas de bibelots -- j'en ai tant! Mon argenterie que tu gardes et la petite montre qu'on m'a gardé des choses de tante Marie. Maintenant pour commission une livre de poudre à dents faites pour Dr. Briggs 125 Marlborough St. tu peux l'acheter de lui ($1.00) ou chez les pharmiciens dont l'adresse ci-incluse - de l'oeil de perdrix-toile, assez pour faire douze serviettes. Je crois qu'une pièce sera assez - j'ai le même modèle que toi à moins que tu n'aies changé des épingles à cheveux comme modèle, une brosse à cheveux ivoire, fais y mettres mes initials en noir. Je dessine le dos de ma vieille que tu aies une idée de la grandeur. 2 bobbines de dental floss, une bouteille de liquid blacking -- Une ou deux paires de pantouffles, sans talons. Tuttle a quelquefois quelquechoses d'assez joli en fantaisie. Prends les en peau, soie, ou velour, mais surtout qu'ils soient jolie et légers pour les chaleurs. Quatre pairs de bas, cotton fin ou en fil, jaune comme échantillon -- Est-ce effrayant? Je t'en envoie une liste séparé pour que cela soit plus intelligible. Les épingles à cheveux tu trouveras chez Emerson Temple place. Pour le linge tu trouveras mieux chez Stearnes je crois, tout fait.

Maintenant ne vas pas te fatiguer pour tâcher de trouver des choses bon marché, ce n'est pas le moment d'economiser quelques sous. Prends une voiture et fais le aussi facilement que possible, aussi avec le moins de délais. Je voudrai si c'est humainement possible que la boite soit ici les premiers jours de mars -- tu l'enverras par S. Franc. au plus vite. Il me semble que la plupart des choses tu pourrais acheter par carte postal pour ainsi dire. J'ai envoyé à Elise Perkins pour des petites chemises en soie l'autre jours lui disont de les envoyer par le Dept. il est possible qu'elle ne l'a pas encore fait en quel cas tu pourras les mettre dans la boite. Mais tout ceci est pour toi seule et Russell à qui il sera nécessaire d'en parler, mais n'en fais aucune allusion dans tes lettres à Papa et Maman -- qui le savent sans doute!, mais je ne voudrais pas que Papa l'écrire à la famille ce qu'il serait certain de vouloir faire et il y a les raisons pour lesquels nous ne voulons pas encore en parler -- tu comprends n'est-ce pas. C'est pour ca que je crains que tu ne puisse pas te procurer la boited'Addie sans exciter des soupcons et peutêtre lui causer de la peine de ne le lui avoir pas dis, ce que je ne voudrai pour bien au monde. Tu feras comme tu pourras et si il y a ce danger laisse cette partie là pour plus tard et envoies moi ce que tu peux de la liste des choses ci inclus. J'ai des dettes partout naturellement -- et je ne sais pas encore au juste à quoi elles reviendrons mais il est plus que probable qu'il faudra que je retire mon argent de la caisse d'épargne. Si tu veux bien tu pourrais demander à Russell quelles formalitiés il y aura à subir à propos des questions d'argent. Est-ce qu'il ne faudra pas signer des papiers etc.? Une foi que je change de nom.

Mais assez causer d'affairs pour le moment et je vais tâcher de t'interesser autrement. Je commence donc au commencement que ta curiosité très légitime soit satisfaite. Notre mois a Péking tu connais déjà, comme notre hôte a été bon pour nous, surtout pour moi dés le commencement. Après notre retour du temple -- tu te rappelles nous avons passé quatre jours à un temple, au millieu de notre visite. Il n'y avait déja rien qui fut assez bon pour moi, je n'osais vraiment presque pas ouvrir la bouche de peur de laisser tomber un mot qui exprima le plus petit désir ou caprice. Nous étions toujours ensemble passant de longues heures en tête à tête et figure toi qu'avec tout cela je ne me doutais absoluement de rien. C'est pourtant vrai il avait toujours été si bon pour moi que l'idée ne m'était jamais venu en tête qu'il m'aimât sériéusement et la peur me prenait quelque fois quand je pensais que la fin devrait venir si tôt. Elle vint pourtant et nous nous sommes quittes en bons amis qui devaient se revoir dans deux ou trois jours car il m'avait promis de venir à Tientsin avant notre depart. Espoir déçu car nous ne nous sommes jamais revus! Il y a de ca six mois pense donc. Il me semble que c'est une éternité et encore que nous avons encore trois mois de plus, car maintenant que la rivière est gelée il ne peut plus sortir de Péking. En fin nous étions si malheureux loin l'un de l'autre qu'il s'est décidé à surmonter ses scrupules sur nos âges et je me suis donnée à lui au mois de juillet. Il a fait sa demande à Papa au mois de septembre -- Deux lettres par mois, quelquefois moins et toute ces horreurs, surtout les fausses alarmes, sont ce que j'ai comme consolation. Tu peux t'imaginer par quelles transes j'ai passé au commencement. Il n'y a pas l'air d'y avoir beaucoup de danger maintenant et je deviens plus brave. Voilà de nous -- mantenant de lui. Il est grand, assez fort, bel homme. Les cheveux, la barbe et la moustache d'un blanc superb, encadrent une physionomie tout à fait charmante. Le front très haut, des yeux bleus, très vifs, surmontis d'épais sourcils noirs, et un beau nez. Voilà à peu près la personne de ton futur beau frère et je crois pas avoir exagèré en rien, bien au contraire. Il a le character gai; très causeur, et un coeur grand comme lui. Gentihomme jusqu'aux bouts des ongles -- en sommes il a toutes les qualités que j'ai jamais rêvés pour mon mari. La carrière diplomatique est belle et si il est resté si longuetemps à Péking c'est à cause de sa santé qui n'est pas forte - notre seul chagrin - dont le climat lui va mieux qu'aucun autre. Son titre d'"Excellence" lui a été donné par le vieil empereur Guillaume il y a une dizaine d'années pour quelque grand service, et a été fait membre du conseil privé en même temps. A Peking il est le doyen du corps diplomatique -- n'est-ce pas qu c'est drôle ta petite soeur doyenne! Il est très aimé et respecté de tout le monde. Il n'est pas millionaire Dieu Merci!

14 décembre

Ici j'ai été interrompu par une visite et bien que je n'ai pas beaucoup de temps aujourd'hui je vais tâcher d'ajouter quelques mots pour être sûr de ne pas manquer le courier. Mais je crois t'avoir tout dis -- sinon tu peux me faire des questions maintenant ce qui n'est plus naif! car je suis plus libre d'y répondre. J'étais bien plus fâché contre moimême que contre vous à propos de mes lettres! J'ai dû avoir la tête tournée, il me semble que tout ce que j'ai écris est raide et dûr et pourtant je ne l'ai jamais été moins. Je suis si heureuse! et quand je pense que le monde va me plaindre --- "he is so old" je les entends dire cela me semble si absurde. Il est vrai qu'il a 56 ans et que je n'en aurai que 24 au mois de mai mais il y a bien des hommes plus jeunes qui sont plus vieux de coeur. Je ne puis pas me figuerer malheureuse auprès de lui, et je ne trouve plus de mots pour exprimer l'orgueil que je sens dans mon amour quand je pense qu'il a bien voulu de moi, si petite, et que je pourrai peûtêtre lui rendre un peu de bonheur qu'il me donne. Il est seul au monde, excepté deux nièce mariées, donc il n'y a personne pour me disputer le droit. mais je n'ose me lancer dans ce chapitre qui n'aurait pas de fin et finirait par te fatiguer. Il écrit et parle l'anglais parfaitement mais ave beaucoup d'accent mais je commence déjà mes leçons d'Allemand et suis toute etonnée de voir comme il me vient facilement. Tu te moquerais sans doute de mes lettres, c'est à dire des pages ici et là ecrit en Allemand; c'est égal j'y arriverai car il faudrai que je sois bien bête avec un maitre pareil! Son petit nom est Max! Pas que c'est drôle? Il faudra nous numéroté "un" et "deux'. Enfin -- embrasse moi et dis moi que tu es contente d'avoir un aussi charmant beau frère -- bien que il soit Prussien. Je n'ai guère besoin d'ajouter que j'attends ta réponse avec impatience et de savoir si tu pourras me faire ces commissions. Et surtout pas un mot à qui que ce soit excepté Russell qui respectera mon secret aussi bien que toi, j'en suis sûre.

Encore un baiser et je te quitte.

à toi

Hélène


No. 17

Seoul

12 December /91

Dear Amy. Do you feel disposed for a long intimate, if not to say confidential, chat? I hope so since that is exactly what I would like and what's more I am in an embarrassing situation and you are the only person who can extricate me from it.

I am truly afraid that it will cause you cares and torments which I would willingly spare you -- finally I feel so sure that you will do what you can that I put myself entirely at your mercy, yes? But the difficulty now, how to communicate it? Emotion makes my hand tremble and the words do not come to me, and therefore, well, I am going to come straight to the point -- I am getting married! with whom you have no doubt already guessed -- M. von Brandt. Yes, it is true -- don't scream -- and it is just because it is true and that I am so happy that there is so much to say, that I am so troubled. Without doubt you would like to know the full history -- I will tell you what I can later but above all the most important is this: Our engagement has not yet been announced and I must therefore work in secret, which is not easy as you can imagine, and I have to send to the four corners of the world in order to put together some kind of trouseau. I think that the ceremony will take place in spring but nothing is yet decided on this point except that I promised to be ready at the end of March. I sent to Aunt Parrot for the linen six weeks ago. -- she should just have received my letter -- but not being able to tell her why I was in such a hurry to have it I am horribly frightened for fear that it will not arrive in time. -- I have absolutely nothing which is even a little suitable. I would like therefore for you to buy me four (or six) evening dresses, as well as pants - prety and good which will serve me during the intervals. That is the most important, may there are still other things. Addie is keeping for me a box full of books, a cachemir shawl, my lace, etc. Take it if you can and do what you wish with the contents sending me only the shawl, lace, my old newspapers (addressed to Addie) and whatever it might have of letters, notebooks, lastly writings and I believe also a little box marked "relics." I do not remember exactly the rest but I do not believe that there is anything which I treasure -- above all the trinkets -- I have enough! My silver which you have and the little display which holds Aunt Marie's things. Now as a commission a pound of tooth powder made for Dr. Briggs 125 Marlborough St. you can buy it from him ($1.00) or at a pharmacy at the enclosed address -- some eye of the pheasant - lace, enough to make twelve napkins. I believe that one piece will be enough -- I have the same model as you unless you have changed hairpins as a model, an ivory hairbursh, have them put my initials in black. I have drawn the back of my old one to give you an idea of the size. Two spools of dental floss, a bottle of liquid blacking -- One or two pairs of slippers without heels. Tuttle sometimes has some things that are pretty enough and fanciful. Get them in skin, silk, or velvet, but above all they must be pretty and light for the heat. Four pairs of stockings, fine cotton or thread, yellow like a fan -- is it frightening? I am sending you a separate list of these things in order to be more intelligible. The hairpins you will find at Emerson's Temple place. For the linen you will find the best at Stearns I believe, all made. Now do not go and tire yourself trying to find inexpensive things, it is not the moment to econonomize pennies. Take a car and make it as easy as possible, also with the least delay. I would like if it is humanly possibly that the box be here by early March -- you will send it by S. Franc as fast as possible. It seems to me that most of the things you can buy by postcard ???. I sent to Elise Perkins for some small silk blouses the other day telling her to send them by the Dep't. It is possible that she has not yet done it in which case you can put them in the box. But all of this is for you alone and Russell to whom it will be necessary to speak of it, but make no allusion in your letters to Papa and Mama -- who certainly know it!, but I would not like for Papa to write to the family which he will certainly want to do and there are reasons for which we do not want to speak of it yet -- you understand do you not? That is why I fear that you will not be able to procure the box from Addie without exciting suspicions and perhaps causing her pain for not having told her, which I would not want for all the world. You will do what you can and if there if this danger occurs leave it for later and send me what you can of the list of things included. I have debts everywhere naturally -- and I no longer know how they will return but it is more than probable that it will be necessary for me to take money from the savings account. If you are willing you could ask Russell what formalities there will be to submit to a propos questions of money. Is it not necessary to sign papers etc.? Once I change my name.

But enough talk of business for the moment and I am going to try to interest in another way. I begin then at the beginning so your legitimate curiosity might be satisfied. Our month in Peking you know already, how our host was good for us, especially for me from the beginning. After our return from the temple -- you remember we had passed several days at a temple, in the middle of our visit. There was never anything that was good enough for me, I truely dared not open my mouth for fear of letting fall a word which expressed the slightest desire our caprice. We were always together passing long hours tete a tete and think about it, that with all that I still suspected absolutely nothing. It is perhaps true that he had always been so good to me that the idea never entered my head that he seriously loved me and I became afraid some times when I thought that that the end should come so early. It came however and we parted as good friends who would see each other again in two or three days as he had promised me to come to Tientsin before our departure. Hope deceived because we never saw each other again! Think you that it has been six months since. It seems to me that it is an eternity and still we have another three months, because now that the river is frozen he cannot leave Peking. Finally we were so unhappy far from each other that he decided to surmount my scruples concerning our age and I gave myself to him in July. He asked Papa for my hand in September -- Two letters per month, sometimes fewer and all these horrors, especially the false alarms, are what I have as consolation. You can imagine what apprehensions I suffered from the beginning. There is now no feeling of great danger and I am becoming braver. So much for us -- now for him. He is tall, strong enough, handsome man. His hair, his beard, and his mustache of a superb white, framing a completely charming psyiognomie. His forehead is very high, his eyes blue, full of life, surmounted by thick black eyebrows, and a beautiful nose. Voila a rough sketch of the person of your your future brother-in-law and I think I have exagerated nothing, in fact the contrary. He has a gay character, very talkative, and a heart as big as he is. A gentleman to the end of his fingernails -- in sum he has all the qualities that I ever dreamed of in my husmand. The diplomatic career is good and if he has remained for such a longtime in Peking it is because his health is hnot strong -- our only sadness -- where the climate is better for him than any other. His title of "Excellence" was given to him by the emperor William a dozen years ago for some grand service, and he was made a member of the private counsel at the same time. In Peking he is the doyen of the diplomatic core -- isn't it drole that your little sister will be doyenne. He is well loved and respected by all. He is not a millionaire, thank God!

14 December

Here I was interrupted by a visit and although I do not have much time today I am going to try to add a few words in order to be sure to not miss the courier. But I believe I have told you everything -- if not you can ask questions now, which is no longer naive! because I am more free to respond. I was more angry at myself than at you a propos my letters! I must have had my head turned, it seems to me that everything I wrote is stiff and hard and yet I have never been less so. I am so happy! And when I think that everyone is going to complain to me -- "he is so old" to hear them say that seems to me so aburd. It is true that he is 56 and I will be only 24 in May but there are many younger men who are older at heart. I cannot see myself unhappy at his side, and I can no longer find words to express the pride I feel in my love when I think that he really wanted me, so small, and that I could perhaps give him a little of the happiness that he gives me. He is alone in the world, except for two married nieces, so there is no one to dispute my right. But I dare not launch into this endless chapter and end up fatiguing you. He writes and speaks English perfectly but with a strong accent, but I have already begun my German lessons and I am quite astonihed to see how easily it comes to me. You will doutless make fun of my letters, that is to say the the pages here and there written in German: It is all the same that I arrive there because it will be necessary for me to be quite stupid with such a master! His nickname is Max! Is that not drole? We will have two number ourselves "one" and "two." Finally -- embrace me and tell me that you are content to have such a charming brother in law -- even though he is Prussian. I have scarcely need to add that I await your response with impatience and to know if you can run some errands for me. And above all, not a word to anyone except Russell who will respect my secret as well as you, I am sure.

One more kiss and I leave you.

à toi

Hélène



Robert M. Gray, August 5, 2002

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